Le plongeoir

Vivre à l’oblique

De notre point de vue, une cabane est une construction ayant une esthétique simple. Mais c’est aussi un « perchoir », un endroit que l’on atteint si l’on en a la volonté, mais qui ne s’offre pas à tout le monde. On trouve ces constructions isolées du monde extérieur, perdues dans la nature, dans des lieux difficilement accessibles. Une cabane demande de gravir des obstacles, de faire un effort pour y accéder. C’est un lieu isolé, de méditation, de calme, mais aussi un lieu à partager. C’est un endroit empreint de mystère qui demande curiosité et imagination pour se l’approprier. La cabane est un espace rudimentaire, mais qui offre une multitude d’usages potentiels.

Le plongeoir

Notre projet est une construction originale, de par sa forme et son organisation spatiale. Le volume est une oblique que l’on gravit grâce à un emmarchement qui offre alors différentes fonctions et modes d’appropriation. En effet, cet espace est un passage, une circulation mais aussi une assise, une table, un rangement, un lieu d’échange et de détente. Par respect de l’environnement, le projet est conçu comme un volume surélevé, qui libère le sol. La faune et la flore restent quasiment intactes car les points d’appui de la construction sont réduits au minimum. Les poteaux qui forment ces différents points d’appui sur le sol sont scellés sur des platines en acier, elles même fixées sur des pieux à hélice. Ces pieux sont visés dans le sol grâce à un système hydraulique spécialisé mis en œuvre par la société TECHNOPIEUX. Ce système de fondation n’impacte pas sur la nature, c’est dans ce souci que les pieux seront retirés après démontage de la cabane. Le décollement de la construction par rapport au sol est possible grâce à une structure en bois sur laquelle les surfaces de plancher et de toiture de l’enveloppe sont posées et viennent s’incliner.

Tel un plongeoir, on monte l’emmarchement pour atteindre une plateforme surplombant l’espace.

Une construction saine et efficace

La structure principale en bois est un système constructif efficace et d’une grande solidité. Sur cette dernière vient se fixer une enveloppe constituée de panneaux d’OSB (panneaux de grandes particules orientées) et de plaques de polycarbonate ondulé transparent. Le volume est divisé en 2 dans sa diagonale. Ces 2 parties sont différenciées par leur matériau ; l’OSB pour la partie basse, le polycarbonate ondulé pour la partie haute. Ce sont des matériaux sains, issus du recyclage et qui préservent nos ressources. Le polycarbonate ondulé recouvre la majeure partie du volume pour offrir une transparence et des vues mais aussi pour protéger des intempéries. De ce fait nous sommes dans un volume principalement transparent et ouvert sur son environnement.

Le polycarbonate est à l’extérieur de la structure, c’est une première peau fixée sur des tasseaux de bois, eux-mêmes fixés sur la structure principale. L’OSB se trouve à l’intérieur de la structure principale ; il constitue aussi l’emmarchement. Ce dernier est un assemblage de panneaux OSB sur une structure bois qui accompagne l’inclinaison du volume. La façade d’entrée est une double paroi en OSB que l’on franchit grâce à un panneau coulissant qui vient se glisser dans l’épaisseur de celle-ci. La toiture en polycarbonate ondulé se prolonge pour protéger l’entrée. La totalité de la cabane sera réalisée par l’entreprise de charpente MOOG. Cette entreprise est spécialisée dans les charpentes en bois. C’est grâce au savoir-faire de ses charpentiers et leur travail de grande précision que notre projet sera tel que nous l’avons conçu.

Habiter à l’oblique

L’homme est fréquemment dans un rapport soit horizontal soit vertical avec son lieu de vie. Notre souhait est de changer ce rapport et d’introduire une façon différente de jouir de l’espace. Les théories , de la fonction oblique de Claude Parent, architecte théoricien, mettent en avant les qualités d’un espace à l’oblique. L’homme moderne recherche la dynamique. Dans tous les gestes sociaux d’aujourd’hui, priment la recherche de la santé du corps et de la vivacité de l’esprit. La fonction oblique comme l’explique Claude Parent permet d’ « entretenir le corps de façon dynamique » . Le sol du module est un emmarchement que l’on parcourt, franchit et s’approprie. Les déplacements et la perception de l’espace enrichissent alors la façon d’en user. On ne traverse plus ces marches mais on les habite.

La circulation dans le projet devient donc habitable et se divise en 2 entités programmatiques. Une entité de circulation pure ; l’entrée, l’escalier, la déambulation. Une entité de vie ; les emmarchements, des assises, des rangements, un lieu d’échange et de partage.

Une plateforme aménagée au sommet de la cabane offre un espace de détente et de contemplation. Cet espace étant le plus haut, il possède une vue dégagée vers l’extérieur et domine le module. C’est un espace que l’on atteint à la fin de notre ascension et qui offre une ultime façon de vivre le projet.

La conception de cette cabane traduit notre vision des besoins du logement du futur : se reposer, méditer, échanger, observer, se réunir, s’exprimer… Ces besoins fondamentaux peuvent être satisfaits en offrant des conditions d’habitat saines qui participent à la préservation des ressources et de l’environnement.

Un espace d’appropriation

Cherchant toujours à apporter un aspect évolutif et esthétique à nos projets, le « plongeoir » devient un espace d’expression libre que l’on peut investir et faire évoluer au fil du temps. Ce module prend donc une dimension temporelle et offre au projet une nouvelle fonction. Nous avons invité le « Street artist » Milkvonstrass à venir graffer le « plongeoir ». L’artiste s’appropriera la construction et lui donnera un nouvel aspect.

L’appropriation étant fondamentale pour nous, des Crayons gras seront mis à disposition pour permettre à tout à chacun de participer à la vie du projet et de marquer son passage. Au fil du temps, l’intérieur de la construction prendra de plus en plus de couleur et évoluera. D’abord, lieu de passage, notre projet deviendra lieu d’appropriation et d’expression... Ses murs n’appartiennent plus à l’architecte mais à tous ceux qui l’investissent.

L’emmarchement qui constitue notre projet illustre notre idée de la cabane. C’est un lieu difficilement atteignable, qui demande de gravir des obstacles pour y parvenir. Pour parachever cette métaphore, notre cabane offre un lieu de détente en son sommet. Un lieu où l’on peut lire et contempler son environnement comme un Hochsitz sans chasseur. Notre cabane permettra de rassembler et proposer des livres et de donner une autre vie à l’emmarchement. On s’arrêtera alors dans son ascension pour profiter de l’espace et se plonger dans sa lecture.

A l’infini

La cabane est un trapèze de 18 m2 au sol. L’espace oblique contribue à la dynamique de la forme aussi bien en plan qu’en coupe. L’oblique accentue la perception en perspective. Cette forme est issue de l’imbrication de plusieurs volumes. La multiplicité de ces volumes offre de nouvelles possibilités et fonctions qui répondent à un besoin intemporel, un besoin de communication.

Les petits plus Archi<20

Notre projet sera le lieu de multiples évènements. On pourra y lire, y graffer, y dessiner, y dormir, y méditer, y contempler…

Nos partenaires

Remerciement :

Antistatik >www.orbit119.fr

THTF> www.thtfcollective.com

Claude Parent, Vivre à l’oblique, éditions Jean-Michel Place, 1970, p.52

A propos des architectes

Chloé KESSLER, architecte DE, Paris

Gabrielle VELLA-BOUCAUD, architecte DE, Paris

Architecture et Street art sont les dénominateurs communs des SPRAY architecture. Ponctuel, fort et graphique leur processus architectural est le reflet de fortes influences du Street art. A la recherche de nouvelles combinaisons créatives, ces 2 architectes puisent leur inspiration dans des univers variés, tels que l’art, la mode, la photographie…

Cette mixité de domaines crée une architecture qui répond à une esthétique particulière et qui questionne l’appropriation des espaces et ses usages.

Leur architecture est basée sur des structures évolutives, où l’événement prolonge l’architecture. Elle se veut expérimentale, il s’agit d’une recherche de nouvelles esthétiques.

Diplômées de l’ENSAS (Ecole Supérieure d’Architecture de Strasbourg), Chloé KESSLER et Gabrielle VELLA-BOUCAUD vivent et travaillent à Paris.

Pourquoi ce choix d’équipe pour le concours Archi<20 :

Plus qu’un travail c’est un univers que nous partageons, une certaine esthétique ou encore un mode de vie.

Ce n’était pas un choix mais une évidence.